Chapitre III -- Partie 1

Chapitre III -- Partie 1
Chapitre 3
Margaux






Une bourrasque de vent fit
tomber sa capuche trempée. Margaux la rabattit rapidement sur ses cheveux châtains que la pluie faisait friser. Son sac à dos tapait contre ses fesses à chaque pas.

« mon m
aquillage va couler » se dit-elle en essuyant machinalement le coin de ses yeux.

Un co
up d'½il sur ses doigts, pas de noir. Pour le moment, son mascara tenait le coup. Margaux revenait du lycée, à pieds, comme tous les jours. Elle avait un instant espéré que sa tante viendrait la chercher. Mais évidemment, sa voiture de sport noire n'était pas apparue devant les grilles du lycée.
Les tr
ombes d'eau qui se déversaient sur elle avaient depuis longtemps percé son fin manteau de coton, et Margaux était littéralement gelée.
La jeune fille commen
ça l'ascension de la prestigieuse rue de la mine. Baptisée ainsi puisque cette large route bordée d'arbres aux troncs noircis par la pluie était autrefois une avenue populaire, empruntée par tous les mineurs du Nord, avant que « La Cité » soit construite, en 1976. Mais il y eut la grande catastrophe de 1981. Plus personne n'osa s'approcher des mines qui étaient soi-disant maudites. Les centaines de taudis qui s'étalaient de part et d'autre de la rue furent abandonnés, et commencèrent lentement à tomber en ruine. Et puis, après une vingtaine d'années, les maisons délabrées furent rasées, et les terrains rachetés par les plus grandes fortunes de la ville. Aujourd'hui, la rue de la mine était la plus huppée des faubourgs de Lille.

Margaux
s'arrêta, essoufflée, à la moitié de la montée, devant une intersection. Elle jeta un regard en contrebas. Les lumières de la ville clignotaient à travers le rideau de pluie. Le concert des klaxons et de la circulation n'était plus qu'un murmure étouffé. La jeune fille soupira et obliqua dans une allée goudronnée bordée de jeunes chênes. Au bout, elle s'arrêta devant un immense portail de fer noir, surmonté de piques. Deux majestueux lions de pierre couchés sur leurs hauts socles dardaient leurs yeux aveugles vers Margaux. L'eau s'écoulait de leurs gueules entrouvertes et traçait des sillons sombres sur leurs dos. Mal à l'aise, la jeune fille se dépêcha d'appuyer sa main tremblante sur le détecteur. Ses empreintes furent reconnue et les grilles s'écartèrent sans chuinter. Elle se hâta dans l'allée de gravier, sentant le regard de pierre des deux gardiens dans son dos.

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# Posté le dimanche 18 novembre 2007 10:14

Modifié le mardi 28 octobre 2008 07:26

Chapitre III -- Partie 2

Chapitre III -- Partie 2
Margaux avançait rapidement, le long de l'allée bordée de chênes et de hêtres. Une fois les arbres dépassés, la villa apparue. Moderne, construite en briques blanches et en bois de teck, la bâtisse était gigantesque, composée de trois étages et d'un vaste sous-sol. De nombreuses baies vitrées en perçaient les murs. Le parc de deux hectares abritait une piscine, un jacuzzi et deux terrains de tennis, ainsi qu'une large variété de fleurs, bambous et arbres fruitiers.
Margaux détestait
plus que tout cette opulence insolente face à la misère et à la détresse de tant de gens depuis la catastrophe. La famille Collens avait lâchement profité du chaos qui s'en était suivi pour faire fortune. Son oncle avait été payé des millions pour un travail de démolition qu'il n'avait jamais fait puisque, suite à la rumeur, plus personne n'osa s'approcher de la ville fantôme. Mais avec l'aide d'un avocat et de quelques relations bien placées, les Collens avaient récupéré une petite fortune de cette affaire. Après la mort de ses parents, Margaux avait été balancée dans cet univers de privilèges et de confort propre à la grande richesse. Elle était devenue le fardeau que devaient traîner les Collens. Une marionnette brisée qui ne contrôlait rien de sa vie. Un être vide de sens.
Plus
les années passaient, plus Margaux se rejetait intérieurement. Pourquoi? Par lâcheté. N'ayant jamais trouvé le courage de tenir tête à ses tuteurs, elle les avait laissés la manipuler comme bon leur semblait. Et puis de toute façon, elle était déjà morte à l'intérieur. Depuis qu'elle avait vue la violence et la cruauté dont les hommes étaient capables. Depuis que, du haut de ses trois ans, elle avait comprit à quel point une vie humaine était facile à prendre. Cela faisait quatorze ans maintenant que la vie n'avait plus pour elle qu'un vague sens. Margaux ne parlait que par nécessité, préférant se réfugier dans l'intimité réconfortante de son esprit. Tout en elle reflétait le désespoir qui l'habitait. Ses yeux bleus étaient empreints d'une mélancolie poignante qu'elle n'essayait plus de cacher. Petit à petit, elle avait sombré.

« Marg
aux! »

L
a jeune fille sursauta, brusquement tirée de ses pensées. Elle se rendit compte qu'elle était debout devant le perron, immobile sous la pluie battante. La porte d'entrée venait de s'ouvrir sur un femme mince, de taille moyenne, vêtue d'une jupe serrée, d'une élégante chemise en popeline de soie noire et chaussée de talons à la dernière mode. Margaux releva la tête et planta ses yeux dans ceux, soigneusement soulignés d'un trait d'eye-liner, de sa tante, Eva Collens. Sa voix claqua, sèche:

« Que fais-tu donc? Rentre vite! » .

E
lle s'écarta exagérément au passage de sa nièce et referma la porte derrière elle. Se retournant, elle toisa la jeune fille, peu amène. Son visage impeccablement maquillé était banal mais élégant, légèrement tendu par un chignon parfaitement enroulé à l'arrière de son crâne.

« Tu
dégoulines, dépêche toi de descendre à la buanderie. Les sols ont été nettoyés et je veux qu'ils le restent. »

Sans attendre de réponse, elle passa devant elle et retourna vaquer à ses occupations, donnant l'occasion à Margaux de sentir son parfum musqué hors de prix. La jeune fille retira lentement ses converses beiges détrempées et descendit au sous-sol.
Une fois
chée et emmitouflée dans un confortable sweat-shirt , elle emprunta un escalier de bois clair menant aux étages. Comme à chaque fois, Margaux compta les marches. Dix-huit. Si peu? Petite, il lui semblait tellement haut. Elle y jouait tout le temps, connaissait par c½ur chaque marche, chaque rainure dans le bois. Ce temps lui paraissait tellement lointain.




Le
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# Posté le dimanche 18 novembre 2007 11:57

Modifié le mardi 28 octobre 2008 07:27

Dessin 2

Dessin 2

Enco
re un dessin (plus cent, je viens de le finir :P) de Tenea!La qualitée est pas géniale, mais Sky n'accepte pas les images de plus de 1 Mo donc...

Elle a l'air assez déprie!^^ Mais bon c'est comme ça que je l'imagine, pas très joyeuse!

V
otre avis??

Ps: j'avais toujours pas de modèle^^

# Posté le dimanche 18 novembre 2007 13:41

Modifié le dimanche 18 novembre 2007 14:04

Chapitre III -- Partie 3

Chapitre III -- Partie 3


« Mademoiselle? »

Pas de répon
se.

« Mademoiselle Margaux? »

La j
eune fille revint brusquement à elle, nez à nez avec Marie, la femme de ménage.

« Madem
oiselle, vous allez bien? Ça fait cinq minutes que vous êtes plantée au milieu de l'escalier. »

La jeune fille gra
vit rapidement les dernières marches en la rassurant gauchement . Arrivée dans le Hall parqueté de charme, elle emprunta directement un escalier en colimaçon au fond de la pièce, sous le regard indéchiffrable de Marie. Margaux souffla une fois arrivée dans son propre living-room. La pièce était très accueillante. Le sol parqueté de bambou clair était recouvert au centre par un moelleux tapis blanc. Le mobilier était moderne, dans des tons déclinant les noirs et les gris perlés, rehaussés de vert anis. Deux magnifiques sofas de cuir ébène entouraient une table basse à plateau de verre. Le mur du fond, entièrement percé d'une immense baie vitrée donnait sur le jardin.

Margaux la
issa tomber son sac sur le sol et vint appuyer son front contre la vitre glacée, regardant tristement le parc transformé en pataugeoire et les majestueux arbres qui se pliaient dangereusement sous les assauts du vent. Ses lèvres entrouvertes dessinaient un rond de buée sur le verre.
À
regret, la jeune fille s'écarta et s'affala sur le plus proche sofa, amenant à elle son sac à dos. Elle saisit une télécommande entre les coussins verts pommes et appuya sur un bouton rouge. Immédiatement, une chaîne hi fi s'alluma, répandant dans la pièces les notes d'une mélodie pop rock. Mais Margaux n'y faisait même pas attention. La musique n'était qu'un bouclier contre le silence oppressant qui l'habitait et l'entourait.
Elle s
ortit ses affaires de son sac à dos et commença ses devoirs. Elle y passerait sa soirée, comme tous les jours. Les Collens exigeaient d'elle les meilleurs résultats scolaires. Cependant, une heure et demie plus tard, elle reposa son stylo, la main douloureuse, et referma son cahier sur ses genoux. Devant-elle, le soleil se couchait, colorant le ciel d'un violet sombre strié de bleu marine. Les premières étoiles apparurent entre les nuages gris. Une vague de mélancolie submergea Margaux.

«
Je ne veux pas de cette vie... »

Et sans chercher à le contenir, elle laissa éclater son chagrin.


L
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# Posté le mardi 20 novembre 2007 14:11

Modifié le mardi 28 octobre 2008 07:27

Chapitre IV -- Partie 1

Chapitre IV -- Partie 1

Chapitre 4
Quand viennent les rêves




La lame siffla en tournoyant et vint se ficher à quelques centimètres du centre de la cible avec un bruit mat. Tenea essuya d'un revers de manche les larmes qui brouillaient sa vision et d'un geste rageur, elle dégaina un second poignard qu'elle envoya se planter dans le cercle rouge. La jeune fille sentait une fureur indescriptible bouillonner en elle, remplaçant petit à petit sa peine. Alors qu'elle se préparait à lâcher son énième couteau, une main ferme l'arrêta. Olèm.

-
Il faut que tu te reposes Tenea. Et que tu manges aussi.

Celle-ci s
e dégagea brusquement et balança son poignard le plus loin possible. Il brisa une vitre abritant diverses armes dans un grand fracas. Elle avait envie de tout casser, de tous les tuer, les faire souffrir comme ils la faisaient souffrir depuis tant d'anes. Mais son ami la saisie fermement et la serra contre lui pour l'apaiser. Tenea pleura de plus belle et se laissa aller contre le jeune garçon avec reconnaissance.
Il savait bien qu'aucun mot ne pourrait la consoler, et n'en prononça pas un seul jusqu'à ce qu'elle se calme enfin et se laisse conduire dans sa chambre. Au fond d'elle, Tenea savait qu'Olèm avait raison. Ce n'était pas en se truisant ainsi qu'elle pourrait venger son père.
All
ongée dans la pénombre, la jeune fille sentit immédiatement un poids tomber sur elle. Ses yeux se fermèrent et elle plongea dans cet état, entre vie et sommeil, dépourvu de rêves, qui accompagnait chacune de ses nuits.


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# Posté le mercredi 21 novembre 2007 14:16

Modifié le mardi 28 octobre 2008 07:28