Une bourrasque de vent fit tomber sa capuche trempée. Margaux la rabattit rapidement sur ses cheveux châtains que la pluie faisait friser. Son sac à dos tapait contre ses fesses à chaque pas.
« mon maquillage va couler » se dit-elle en essuyant machinalement le coin de ses yeux.
Un coup d'½il sur ses doigts, pas de noir. Pour le moment, son mascara tenait le coup. Margaux revenait du lycée, à pieds, comme tous les jours. Elle avait un instant espéré que sa tante viendrait la chercher. Mais évidemment, sa voiture de sport noire n'était pas apparue devant les grilles du lycée.
Les trombes d'eau qui se déversaient sur elle avaient depuis longtemps percé son fin manteau de coton, et Margaux était littéralement gelée.
La jeune fille commença l'ascension de la prestigieuse rue de la mine. Baptisée ainsi puisque cette large route bordée d'arbres aux troncs noircis par la pluie était autrefois une avenue populaire, empruntée par tous les mineurs du Nord, avant que « La Cité » soit construite, en 1976. Mais il y eut la grande catastrophe de 1981. Plus personne n'osa s'approcher des mines qui étaient soi-disant maudites. Les centaines de taudis qui s'étalaient de part et d'autre de la rue furent abandonnés, et commencèrent lentement à tomber en ruine. Et puis, après une vingtaine d'années, les maisons délabrées furent rasées, et les terrains rachetés par les plus grandes fortunes de la ville. Aujourd'hui, la rue de la mine était la plus huppée des faubourgs de Lille.
Margaux s'arrêta, essoufflée, à la moitié de la montée, devant une intersection. Elle jeta un regard en contrebas. Les lumières de la ville clignotaient à travers le rideau de pluie. Le concert des klaxons et de la circulation n'était plus qu'un murmure étouffé. La jeune fille soupira et obliqua dans une allée goudronnée bordée de jeunes chênes. Au bout, elle s'arrêta devant un immense portail de fer noir, surmonté de piques. Deux majestueux lions de pierre couchés sur leurs hauts socles dardaient leurs yeux aveugles vers Margaux. L'eau s'écoulait de leurs gueules entrouvertes et traçait des sillons sombres sur leurs dos. Mal à l'aise, la jeune fille se dépêcha d'appuyer sa main tremblante sur le détecteur. Ses empreintes furent reconnue et les grilles s'écartèrent sans chuinter. Elle se hâta dans l'allée de gravier, sentant le regard de pierre des deux gardiens dans son dos.
