-Es tu certaine de vouloir le faire Tenea? Interrogea le second garçon.
La jeune fille dégaina son poignard et, tout en passant un doigt blanc sur le tranchant, elle répondit d'une voix assurée:
-Ils veulent des preuves n'est-ce pas? Et bien nous allons leur en donner.
Puis, allongeant le bras devant elle et observant la lame brillante dans son allongement, elle siffla avec un dédain non dissimulé:
-Mais tu peux toujours faire demi-tour si le courage te manque Pless.
Ce dernier bomba le torse et tira d'un coup sec sa dague courbée de son fourreau, sous l'½il satisfait de Tenea qui fit habilement tourner la lame autour de ses poignets avant de s'élancer en avant, suivie de près par les deux autres.
Les arbres semblaient se resserrer de plus en plus, mais ne ralentirent pas la progression silencieuse des adolescents. Ils bondissaient habilement entre les racines tordues; silhouettes invisibles et souples comme des félins. Plus ils s'enfonçaient dans le bois, plus l'odeur de ceux qu'ils cherchaient se détachait des autres fragrances de la forêt.
Soudain, Tenea s'arrêta, accroupie derrière un buisson rachitique dont les quelques feuilles restantes pendaient misérablement au bout de leurs tiges.
-Ils sont proches, murmura-t-elle. C'est le moment de nous séparer.
Eanor hocha la tête. La jeune fille vit une lueur d'inquiétude dans ses prunelles sombres. Elle lui serra affectueusement le bras et souffla:
-On se retrouve là-bas. Et ensuite on pourra fêter dignement notre victoire.
L'adolescent lui sourit et se tourna vers Pless qui avait suivit la scène sans un mot.
-C'est parti...
Et ils s'enfuirent chacun de leur coté, de manière à encercler l'ennemi.
Tenea attendit qu'ils disparaissent, engloutis par l'obscurité environnante, puis entreprit d'escalader l'arbre le plus proche. Une agréable odeur de sève chaude emplit ses narines tandis qu'elle se hissait sans difficulté le long du tronc rugueux. Elle jeta un regard teinté de mélancolie à la voûte étoilée qui s'étendait, infinie, entre les hautes branches des pins. Inspirant à fond, la jeune fille se précipita dans le vide, vers l'arbre voisin et l'accrocha avec agilité avant de foncer vers le tronc suivant. Sa progression d'arbres en arbres ne fut pas troublée par le moindre bruit. Aucune branche ne craqua, elle n'était qu'un coup de vent dans le feuillage noir qui lui fouettait le visage sans y laisser de marque.
Après quelques minutes, Tenea ralentit. Les arbres autour d'elle commençaient à s'espacer, et au loin, elle devina l'entrée d'une petite clairière, masquée par la brume qui stagnait au sol, comme un nuage de mauvaise augure. Le froid se fit mordant.
