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Prologue 1

Prologue 1
PROLOGUE





Les trois silhouettes marchaien
t silencieusement sur le chemin de campagne boueux qui serpentait à travers la vallée, reliant entre eux les petits patelins qui parsemaient l'extrême nord de la Normandie.

I
ls étaient jeunes. Trois adolescents habillés à la mode paysanne de cette année 1789.Une fille et deux garçons, tous les trois de taille moyenne, les visages cachés par les capuches de toile grossière de leurs longs manteaux usés et sales. Les sabots de bois à leurs pieds produisaient un bruit de succion au contact de la boue verdâtre du chemin. Un des garçons marchait en tête. Il se retourna et apostropha ses compagnons dans un murmure:

-Tenea, Eanor, hâtez-vous. On ne doit pas nous voir.

Les de
ux intéressés pressèrent le pas en souriant sous leurs capuches. Il n'y avait aucun risque qu'ils soient vus. Les paysans restaient cloîtrés chez eux dès la tombée de la nuit. C'était le tout début de ce que les historiens appelleraient « La Grande Peur »; la rumeur que des brigands, payés par les nobles, parcouraient le pays et détruisaient les récoltes. À cette heure tardive, il n'y avait pas âme qui vive dans la campagne environnante.

Les adolescents appr
ochaient de la forêt quand une brise légère vint aplatir l'herbe dans les champs et soulever les bords de leurs capuches, apportant avec elle les effluves boisés. Ils s'arrêtèrent vivement, et levant la tête vers le ciel, ils respirèrent intensément l'air frais de la forêt. Soudain, comme s'ils venaient de recevoir une décharge électrique, leurs corps se raidirent sous les vêtements amples.
Sans besoi
n de se concerter, les trois paysans quittèrent précipitamment le chemin pour s'abriter sous le couvert sombre de la forêt, en bordure du champ. Il y régnait une atmosphère oppressante. Les majestueux pins noirs jetaient leurs ombres mouvantes sur le tapis terreux couvert d'aiguilles et de feuilles en décomposition. L'air était lourd, annonçant un orage avant la fin de la nuit. Mais le plus étrange était le silence qui régnait dans le bois, troublé parfois par le bruissement des sapins dont les branches se balançaient lentement au rythme de la brise légère. C'était comme si les animaux avaient désertés la forêt, la plongeant dans un mutisme peu rassurant.
Se je
tant un regard entendu, les adolescents dégrafèrent leurs longs et encombrants manteaux de paysans qui tombèrent mollement à leurs pieds, révélant les tuniques de cuir clouté noires qui moulaient leurs corps fins et musclés. Trois fourreaux, contenant chacun un poignard aiguisé, pendaient aux ceintures robustes qui ceignaient leurs tailles. La jeune fille fouilla dans son vieux manteau et sortit une paire de chausses en toile de jute aux semelles de cuir souple. Elle noua ensuite ses longs cheveux noirs d'encre derrière sa tête et jeta un regard à ses compagnons.
Lorsque tou
s furent prêt, ils se redressèrent et levèrent les yeux vers le ciel étoilé. Un rayon de lune perça alors la toison sombre de la forêt et vint éclairer leurs magnifiques visages. Lisses, fins et parfaitement découpés,ils étaient à peine colorés d'une délicate teinte bleutée. Les iris noirs de leurs yeux en amande se contractèrent vivement, révélant des pupilles déclinant les gris, du plus clair chez Tenea aux plus foncés pour les deux garçons.
Eanor vint se placer aux cotés de la jeune fille et posa doucement une main blanche aux doigts fins sur son épaule. Côte à côte, les deux adolescents étaient d'une ressemblance tr
oublante: leurs traits fins et gracieux, leurs corps sveltes et musclés, leur maintient droit et fière étaient les mêmes. Même leurs prénoms avaient des sonorités voisines. Après quelques secondes, ils s'arrachèrent de leur contemplation et se tournèrent vers l'immensité noire et inquiétante qui s'étendait sans fin devant eux



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# Posté le mercredi 07 novembre 2007 04:45

Modifié le samedi 07 mars 2009 07:50

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